Reconstruction du rapport avec le réel

 

Un rappel à l'humilité

"On dirait de la peinture"

Ces photographies, plus ou moins abstraites, sont réalisées sans filtres ni déformations photoshop.

Elles respectent strictement la réalité d'un fragment de seconde, d'un angle particulier.

Tout ce que le capteur a saisi a existé quelques instants, imperceptibles à l'oeil nu.

Ces facettes fugaces du réel, insaisissables, en appelle a notre humilité.

 

Un éloge de ce qui nous dépasse

J'ai appris récemment, lors d'un voyage, que dans certains lieux de spiritualité, la présence de miroirs fragmentés nous invitait à rester humble devant les facettes multiples du réel, et notre incapacité à le saisir dans une globalité entièrement cohérente.

Plus tard, j'ai appris que dans certaines religions, on considère que ce monde est un reflet d'un monde supérieur, lui même reflet d'un monde supérieur, et ce jusqu'au niveau de réalité, insaisissable.

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Lorsque je photographie les reflets, je présente aussi, à ma façon, mes hommages à l'inaccessibilité du réel et à sa nature éphémère.

 

Un moment de joie lors de la transfiguration

Lorsque je photographie des contes naïfs, je célèbre la féérie de l'imaginaire, la capacité à donner du sens à ce qui n'en a pas, de donner forme, la touchante tentative d'organiser ce qui se présente.

La sensation d'un découvreur qui révèle des mondes cachés, discrets ; un peu à la manière de ces griots qui racontent sous un arbre des histoires inédites, simples, humbles. Porte parole de murs, écrivain public du bitume.

 

Un moment d'intense concentration et d'immersion

Un photographe du Noir et Blanc parvient à "voir" en Noir et Blanc une scène en couleur.

De même, j'en suis venue à "voir" les abstractions cachés dans la lumière fugace, les palettes de couleurs et les fondus / rompus révélées par la vitesse.

Au bord d'un lac, rester des heures à observer les variations Goldberg de la lumière, les attraper comme un chasseur de papillons, guetter les nuances, les fulgurances cinétiques d'une vague d'étrave, les effets graphiques d'un nuage.

Ce sont les moments de pleine conscience qui me sont le plus précieux.

 

Mes sources d'admirations :

- La peinture naïve du peintre brésilien José Antonio Da Silva ;

- La folie structurée des compositeurs Hermeto Pascoal et Joao Bosco ;

- La poésie de Djavan (ses évocations dans Açaï, dans Flor de Lis...) ;

- La liberté de ton de l'auteure Clarice Lispector, notamment dans son recueil de fragments